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Extrait de pépins de pamplemousse : ce qu'il contient et ce qu'il vaut
Extrait de pépins de pamplemousse : ce que les analyses ont trouvé dedans, pourquoi il agit quand même, et pourquoi je ne le recommande pas.
Ce qui agit dans l'extrait de pépins de pamplemousse, c'est un désinfectant de synthèse : le chlorure de benzéthonium. Des chercheurs ont analysé six extraits du commerce en 1999. Les cinq qui bloquaient la croissance des microbes en contenaient tous. Le sixième n'en contenait pas, et il n'a rien fait du tout. Les extraits préparés au laboratoire avec de vrais pépins non plus.
Ce produit traîne une réputation d'antibiotique naturel bon à tout : mycoses, intestins, gorge, conservation des crèmes maison. Pour une fois, la recherche a tranché, et assez tôt. Sa réponse a seulement le défaut d'être désagréable.
Le flacon contient bien du pamplemousse
C'est un liquide épais, tiré des pépins et de la pulpe, vendu en compte-gouttes. Sur ce point l'étiquette dit vrai, et personne ne le conteste.
La question est ailleurs. Quelle molécule agit une fois le produit appliqué ? Trois analyses indépendantes y répondent de la même façon.
Six extraits testés, cinq actifs, cinq conservateurs
Von Woedtke et ses coauteurs ont testé six extraits de pharmacie contre sept germes, dans Die Pharmazie de juin 1999. Cinq des six bloquaient fortement la croissance de ces germes.
Dans ces cinq-là, et seulement dans ceux-là, l'analyse a retrouvé du chlorure de benzéthonium. C'est un désinfectant de synthèse. Trois en contenaient même d'autres, du triclosan et du méthylparabène.
Le sixième extrait ne contenait aucun conservateur, et il n'avait aucun effet. Les chercheurs ont aussi fabriqué leurs propres extraits, à partir de pépins et de pulpe : eux non plus n'ont rien donné.
Leur conclusion ne prend pas de gants. L'activité « puissante et quasi universelle » qu'on prête à ce produit vient seulement des conservateurs de synthèse qu'il contient.
Deux autres équipes sont allées vérifier
Sept ans plus tard, Ganzera, Aberham et Stuppner mettaient au point une méthode capable de doser dix-huit conservateurs différents dans ce seul produit, dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry du 31 mai 2006.
L'année suivante, Avula, Dentali et Khan en publiaient une autre dans Die Pharmazie d'août 2007, pour le chlorure de benzéthonium, le méthylparabène et le triclosan. On ne consacre pas deux méthodes d'analyse à un problème qu'on croit imaginaire.
| Ce qu'on lit souvent | Ce que les analyses montrent |
|---|---|
| Un antimicrobien naturel puissant | L'activité disparaît sans conservateur de synthèse |
| Efficace sur presque tous les germes | C'est la signature d'un désinfectant, pas d'un extrait végétal |
| Idéal pour conserver ses cosmétiques maison | Il conserve, en effet, grâce au conservateur qu'il apporte |
Pourquoi il désinfecte quand même
Si votre flacon contient du chlorure de benzéthonium, il désinfecte vraiment une surface et conserve vraiment une préparation. C'est le métier de cette molécule.
Vous avez donc pu constater qu'il « marche », et vous n'avez pas rêvé. L'ennui, c'est que vous pensiez appliquer un extrait de plante.
Ce que je reproche à ce flacon
De ne pas dire ce qu'il est. Quand on choisit un produit naturel, on achète d'abord une étiquette. Et celle-ci passe sous silence la molécule qui fait tout le travail.
Je ne le recommande donc ni pour soigner quoi que ce soit, ni pour conserver une crème maison. Un conservateur cosmétique déclaré rend le même service, en annonçant ce qu'il est et à quelle dose. Vous y perdez le mot « naturel » sur le flacon. Vous y gagnez de savoir ce que vous vous mettez sur la peau. L'arbitrage me paraît facile.
Si vous en avez déjà un chez vous
Lisez l'étiquette, et méfiez-vous surtout de ce qui n'y est pas. Un extrait qui promet une forte activité antimicrobienne sans mentionner le moindre conservateur mérite votre prudence.
Pour désinfecter un plan de travail, il fera l'affaire, et il n'y a pas de raison de le jeter. Pour une préparation que vous voulez garder trois semaines, prenez plutôt un conservateur cosmétique déclaré. Vous saurez enfin à quelle dose vous travaillez.
Ce qui me ferait changer d'avis
Une analyse qui trouverait un extrait sans le moindre conservateur, et qui lui mesurerait quand même une activité. Je n'en connais pas.
L'histoire du dossier explique pourquoi. En 1999, les extraits sans conservateur étaient inactifs. Et les deux équipes venues vérifier ensuite cherchaient des conservateurs, pas une vertu propre au pamplemousse. Qu'un fabricant publie cette analyse-là et je relirai le dossier avec plaisir.
Une dernière chose, plus importante que tout le reste. Si vous traitez une mycose ou une infection qui dure, vous n'êtes plus en train de conserver un cosmétique. Les conseils de ce blog ne remplacent pas un avis médical, et c'est le moment de prendre rendez-vous.
Sources
- von Woedtke T, Schlüter B, Pflegel P, Lindequist U, Jülich WD, Aspects of the antimicrobial efficacy of grapefruit seed extract and its relation to preservative substances contained, Die Pharmazie, juin 1999.
- Ganzera M, Aberham A, Stuppner H, Development and validation of an HPLC/UV/MS method for simultaneous determination of 18 preservatives in grapefruit seed extract, Journal of Agricultural and Food Chemistry, 31 mai 2006.
- Avula B, Dentali S, Khan IA, Simultaneous identification and quantification by liquid chromatography of benzethonium chloride, methyl paraben and triclosan in commercial products labeled as grapefruit seed extract, Die Pharmazie, août 2007.
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